Traverse Languedocienne

Diaporama Texte

« Traverse Languedocienne »

Lézignan. Scène d’intimité captée sur le capot d’une voiture. La jeune femme doit amener le garçon chez l’orthophoniste. Son compagnon, jeune responsable d’une coopé en déroute,  les regarde partir et se demande : « Qu’est-ce que je vais faire si tout s’écroule… ?  »

Minervois. Une famille soudée : parents, enfants, belle-sœur, tous s’activent pour sortir de l’isolement, exister. Déterminés, les mains sur les hanches.

Dans un bar de Banyuls, on savoure, on discute musique, on se souvient qu’on les prenait pour des cinglés quand, arrivant de Paris, ils sont venus s’installer ici et transporter une énorme cuve dans les rues étroites de la ville. En faisant des rêves sans sulfite, peut-être pas si déraisonnables.

Près de Montpellier, un chien renifle des débris. Ici, on conserve les bonnes et vielles barriques, on soigne les peintures des cuves. Les clients sont reçus avec beaucoup d’attention. Toujours un mot glissé dans les caisses de vin qu’ils exportent. Même si le couple remarque que dans la région, autour d’eux, beaucoup de murs commencent à s’effriter.

Techniques avant-gardistes, solidarité, identité forte : à la cave coopérative de ce village des Corbières, on reste confiant en l’avenir. Mais tout n’est pas rose pour l’ensemble des associés : comme pour cette mère de famille divorcée, quand il faut, seule, tailler la vigne sous la neige, chercher peut-être à se diversifier, regarder à travers le rideau de la cuisine, un avenir moins aléatoire.
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« Traverse languedocienne » est une mosaïque de terroirs, de traits et d’instants. Le regard affirmé de Marie Demunter fait dialoguer tour à tour paysage et portrait, grain de la photo et jeu des lignes, symbolique de la plus forte ombre confrontée à la plus radicale ou délicate des lumières.

Elle avait pris des chemins de traverse, de Nîmes à Banyuls, pour accéder aux vignes et aller à la rencontre de ces vignerons, évoquer avec eux, autour d’un verre – de vin de préférence –, leur parcours. C’était aux alentours du centenaire de la célèbre bataille syndicale de 1907. La crise dans le Languedoc refaisait alors surface, comme un reflux de l’Histoire. Mêmes causes, mêmes effets : surproduction (mondiale aujourd’hui), mévente… On reparlait d’arrachage de vignes pour limiter les stocks ; déjà les premières caves mettaient la clef sous la porte. Mais beaucoup d’autres résistaient encore et résistent toujours. Un peuple « en pleine crise, battant, affaibli, optimiste et fatigué », comme Marie le souligne, et dont elle nous invite à partager le quotidien empreint d’espoirs et de doutes, mais surtout de passion.

Texte de Benoît Fernandes
2004 – 2005
photographies argentiques
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